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Maximus, assis face à ses interlocuteurs, raconta[tp1] .

« Pour une fois, les chamanes du coin ne s’étaient pas trompés ! Leurs prédictions étaient justes. Et malgré le retour du printemps, cette nuit-là allait être glaciale. Silius était là, devant la porte grande ouverte à l’est du camp. Il contemplait son œuvre. Silius, légat depuis peu, avait construit un pont pour marcher au-delà du grand fleuve[1], en dépit des ordres de Rome de faire route sur les Gaules. »

Maximus fixa toute l’assemblée. Un lourd et pesant silence envahit la pièce. Le grand fleuve, le froid et la neige, les sources chaudes de la région, qui, loin de réchauffer, créent une vapeur d’eau se figeant et gelant à même le visage au contact de l’air glacial, autant d’épreuves qui rendait la Pannonie plus lointaine encore, étrange et singulière. Assis sur son trône habituel, Maximus n’avait pas cessé de dévisager ses hôtes. Il marqua une pause. Il se demandait comment leur décrire cette région du monde. Il ne se doutait pas que, malgré la faible lumière qui régnait dans la pièce, le durcissement des traits de son visage et les gestes raides qu’il faisait sans s’en rendre compte en disaient long sur la rigueur du climat et la dureté de la vie dans cette lointaine Pannonie. Maximus s’arracha finalement à son engourdissement et continua son récit.

« Légionnaires, auxiliaires, officiers : tous avaient été réquisitionnés pour construire cet ouvrage. Sous le commandement de Silius, les officiers rassemblaient leurs hommes dans le plus grand silence. Les auxiliaires avaient reçu l’ordre de se préparer aux combats de nuit. Leurs habituelles peintures de guerre bariolaient leurs visages. Leurs corps avaient disparu, recouverts de cottes de mailles peintes en noir pour dissimuler le brillant du métal. Leurs visages également étaient enduits de boue. Ils furent les premiers à sortir du camp. Ils étaient devenus, non pas des fantômes, mais plutôt des démons nocturnes. Les légionnaires n’étaient pas encore sortis du camp que déjà ces démons en ordre dispersé traversaient le pont. »

De nouveau, Maximus s’interrompit pour scruter son auditoire. Tous ceux qui étaient en face de lui savaient de quoi étaient capables les auxiliaires d’Hispana. Maximus se leva et se dirigea vers un coin sombre de la pièce. Il revint avec un cône d’acier dans les mains. C’était un casque d’auxiliaire, qu’il avait pris soin de rapporter dans sa hutte en toute discrétion. Il le jeta sèchement sur la table en direction d’Irin, ce qui la fit bondir de sa chaise. Le geste théâtral et dédaigneux s’accompagna d’un pesant bruit d’affalement de cadavre. Sans même prêter attention à sa femme, Maximus s’assit et reprit le court de son histoire.

« En seulement quelques semaines, le légat avait su mener à bien la construction de ce pont. Cette idée avait germé quand il n’était qu’un simple officier de cavalerie. Il avait prié Shaina de lui trouver les meilleurs architectes de l’Empire. » Shaina. Comment leur dire qui était Shaina ? Maximus se tut quelques instants, hésitant. Puis il trancha : il la présenterait comme la femme de Silius. Après tout, c’était sans doute la vérité. Mais surtout, il insisterait sur le fait qu’elle était la femme la plus riche et la plus puissante de l’Empire, ce qui était indéniable. Son pouvoir s’étendait peut-être même au-delà de l’Empire. Il acheva un peu brutalement : « Elle est comme toi, Irin, mais mille fois plus puissante, et dans tous les domaines ! » Négligeant la réaction de sa femme, Maximus en revint à son histoire, imperturbable.

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[1] Le Danube


 [tp1]Maximus, sa femme, Daran et les notables du village sont dans la demeure de Maximus après le coup de patte du dragon. Maximus explique ce qu’ils ont fait en Pannonie. Il va leur raconter plus tard comment ils ont échoué sur cette ile