Maximus vida sa coupe d'une seule gorgée.

« Nous ? Tu as dit nous ? Nous combattrons !? Depuis quand les druides s'intéressent au combat, à l'art de la guerre ? »

Le druide, découragé par la suspicion tenace de Maximus, soupira. À nouveau il fit une tentative pour répondre, mais avant qu'il n'ait pu prononcer un mot, issue d'un coin sombre de la pièce, apparut une femme. Maximus la regarda et lui fit signe de s'approcher. Quand elle fut à la hauteur du feu, les deux hommes purent la voir en pleine lumière : on eût dit une déesse celte.

C'était une nymphe guerrière jaillie du magma brûlant des entrailles de la terre. Sa chevelure rousse, presque couleur feu ressemblait à l'un de ces couchers de soleil qui clôturent chaque journée de cette île. Cette crinière épaisse, digne d'un lion, était rassemblée en de nombreuses tresses. Un éclatant diadème en or serti d'une imposante pierre précieuse ornait son front avant de disparaître sous sa chevelure luxuriante. Le noir profond et mat de ses pupilles donnait à son doux visage une agressivité de tigre. Les peintures de guerre de couleur bleu qui lacéraient ses joues achevaient de métamorphoser cet ange en démon. Son corps peu vêtu se laissait timidement apercevoir, dissimulé par une longue cape en peau de bêtes.

Cette cape était constituée de peaux de bêtes inconnues dans cette contrée, et Maximus reconnut aussitôt la pièce qu'il avait lui-même rapportée de bien loin, avant de l'offrir en cadeau. Sous la cape, on devinait des braies de couleur vive ainsi que la pointe d'un fourreau.

À égale distance entre les deux hommes, Cette déesse prenait les allures d'une statue en cuivre aux lueurs du foyer central tout proche. Elle regarda Maximus et lui dit :

« Je ne crains pas ton dragon ! Silius ne m'enverra pas rejoindre mon palais de glace au fond des lacs. Ce druide a raison, les dragons ne sont que des légendes. Demain, Ton Silius, ce Romain, ce soldat, ce guerrier, mourra comme beaucoup d'autres guerriers sont morts sur cette plaine. »

Le druide, subjugué par les paroles et la beauté de cette femme, se demanda de quels cieux pouvait bien provenir cette déesse. Puis il se souvint qu'en début de soirée, lorsqu'il s'était rendu dans la hutte occupée par Maximus, la demeure lui avait paru imposante. Mais dans la quasi obscurité, il n'avait pas tellement pu s'intéresser à son architecture. Assurément, il se trouvait dans une hutte de grande importance.

Maximus se leva et rejoignit cette beauté.

« Druide, je te présente Irin, mon épouse. Et comme tu le vois, son caractère et sa détermination n'ont d'égale que sa beauté. »

Irin prit la main de son époux et le fixa droit dans les yeux, sans prêter la moindre attention au druide. D'une voix douce cette fois, elle réitéra sa menace :

« Ton Romain mourra demain ! Lui et tous les siens si nécessaire ! »

Elle tourna légèrement sa tête pour saluer le druide, avant de lui dire, en guise d'explication :

« Je suis une commerçante, je négocie toutes sortes de marchandises pour contribuer à la prospérité de mon foyer, mais je suis également la fille d'un chef et une guerrière qui ne craint pas ni l'odeur du sang ni celle de la mort ! »