Soudainement, dans le clair de lune en lisière de la forêt, nous vîmes les silhouettes de nos machines de guerre. Le génie était là lui aussi. Depuis plusieurs jours, ces hommes vivaient reclus dans un silence absolu, protégés par le froid glacial qui sévissait de ce côté du fleuve, et par des auxiliaires. Ces hommes avaient installé les catapultes et creusé les rivières de feu. Face à nous se présentait un oppidum plus important que le vôtre, bien gardé et entouré de solides fortifications. Il était niché sur une petite colline, pour mieux assurer sa défense naturellement. Nos hommes étaient éparpillés dans la forêt, avant l’assaut auquel nous nous étions préparés. Silius regroupa nombre d’entre nous dans une clairière établie pour l’occasion. La cavalerie, qui avait fermé notre marche en silence, arrivait à présent. Silius put récupérer un cheval et circuler parmi la troupe pour nous parler. Juché sur sa monture, il ordonna aux auxiliaires espions de le rejoindre et leur demanda : « Avez-vous la preuve ? » Un espion fit venir deux enfants terrorisés auprès de la monture de Silius. Celui-ci les dévisagea et prit la main du plus petit pour le monter devant lui. L’enfant ne dut pas savoir quoi penser, il avait l’air d’hésiter entre peur et joie. L’enfant, si jeune, ne répondait rien, il ne comprenait apparemment aucune langue. Puis Silius ordonna qu’un espion conduise jusqu’à lui les prisonniers. Il y avait là une dizaine d’hommes et de femmes. À leur vue, l’un des enfants se blottit contre Silius. L’autre tenta de s’échapper dans la forêt. Il fut stoppé par un légionnaire. Le jeune fuyard se mit alors à hurler puis se jeta au sol et finit par perdre connaissance, terrorisé qu’il était à la seule vue de ces prisonniers. »

Maximus se leva, tourna un instant le dos à ses convives et baissa la tête. Puis, de nouveau face à eux, il se plaça derrière sa femme toujours assise. Il posa ses mains sur les épaules d’Irin et continua sa narration.

« Nos auxiliaires avaient pénétré dans l’oppidum et, je ne sais de quelle façon, avaient fait des prisonniers. J’ai vu les yeux de Silius devenir ceux du Dragon. Dans ce regard, on n’aperçoit plus rien, ni haine, ni cruauté, rien, aucun sentiment, seulement des flammes. Ces enfants étaient terrorisés car les prisonniers n’étaient pas humains. Silius les surveillait depuis plusieurs années. Ces hommes et femmes formaient une secte sanguinaire. Le sang qu’ils faisaient couler était celui des enfants et des femmes enlevés ou achetés sur des marchés d’esclaves en Pannonie. Pire que des cannibales, les membres de cette communauté vouaient un culte à un dieu assoiffé de sang. Ces bêtes inhumaines buvaient le sang de leurs victimes après les avoir violées dans de grands sabbats. Ils buvaient ce sang alors que leurs victimes étaient encore vivantes ! » Maximus, ferma les yeux, baissa la tête, lâcha les épaule d’Irin et retourna s’assoir. 

chaire 2

sabbat 2